social_actu82716_photoInspirer confiance est la mission première des psychologues diplômés qui se relaient 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 sur les hot-lines. Ils prêtent l’oreille à des salariés en état de stress : du coup dur aux querelles avec la hiérarchie, des crises d’angoisse jusqu’aux menaces de suicide…
le secteur s’est beaucoup développé depuis dix ans, avec la montée des RPS. Après la vague de suicides chez Orange, l’accord interprofessionnel sur le stress de 2008 a réaffirmé l’obligation de résultat à la charge des employeurs. Pour prévenir les risques, les numéros verts constituent une réponse commode, adoptée par beaucoup d’entreprises.

Les prestataires et les praticiens se sont développés. L’organisation de cette activité diffère selon les cas. Chez Psya, l’un des pionniers du secteur, ou chez QualiSocial, les ­appels sont traités en interne par des salariés. Les consultations téléphoniques ne représentent d’ailleurs qu’une part de leur activité, à côté de leurs actions de terrain : gestion de crise, permanences sur site… Chez certains de leurs concurrents, comme Éléas, Axis Mundi ou Icas, une ­partie des interlocuteurs est free-lance. Et sur les plates-formes plus récentes, spécialisées dans la prise en charge téléphonique, les indépendants constituent la quasi-totalité des recrues. À l’image de PsyFrance Assistance, né en 2010, qui compte une cinquantaine de professionnels extérieurs. Ou de Pros-Consulte, créé en 2009, qui travaille avec une trentaine de psys.

Ces ­missions sont confiées en priorité à des psychologues confirmés. C’est par exemple le cas chez Éléas. Mais aussi chez QualiSocial, où les recrues ont une expérience moyenne de treize ans. La plupart des cabinets prisent les cliniciens qui ont déjà pratiqué et connaissent le monde de l’entreprise. Avec, idéalement, un diplôme en psychologie du travail. «Les collègues trop jeunes ne sont pas forcément à l’aise avec l’exercice, car on ne peut pas préparer ces entretiens. Il faut faire preuve d’un sens clinique aiguisé pour poser le bon diagnostic. Et donc avoir beaucoup de ­pratique», souligne Céline Verley, intervenante chez Pros-Consulte. «Au téléphone, c’est souvent plus intense et difficile qu’en face à face. Il faut être encore plus dans l’écoute, faire preuve d’une grande souplesse face à des situations extrêmement diverses», abonde Renaud Da. «L’appelant vous fait immédiatement entrer dans son intimité, sans retenue. On reçoit une forte charge émotionnelle», confirme Antonin Commune, 27 ans, qui a travaillé pendant deux ans dans le secteur pour financer sa thèse.

Les jeunes diplômés sont  plus prompts à assurer des astreintes pendant les soirées ou le week-end. «Les praticiens avec vingt ans d’expérience ont une patientèle et des activités plus établies. Ils n’ont pas forcément envie que leur vie de famille soit perturbée», justifie Patrick Amar, directeur général d’Axis Mundi. Dans son entreprise, une dizaine d’intervenants en «extra», installés en libéral ou en autoentrepreneur, travaillent hors des heures de bureau ou font des remplacements. Un job d’attente qui peut s’avérer bien utile vu les difficultés d’insertion sur le marché de l’emploi. Un appel d’air, en quelque sorte, pour cette profession faiblement rémunérée, sujette à la précarité. «Il s’agit d’une manne pour ceux qui exercent à l’hôpital ou en libéral comme activité principale», explique Bruno Lefebvre, fondateur du cabinet de conseil en prévention du stress AlterAlliance.

Source : Catherine Abou El Khair
Lien : http://www.wk-rh.fr/actualites/detail/82716/les-hotliners-du-stress-au-travail.html